Articles

Le dépot des enfants perdus

J'ai laissé derrière moi le bruit de la ville, la furie du vent froid et visqueux sorti du fleuve. Je parcourrais des trottoirs luisants, boulevard Rochechouart j'ai poussé la porte de "la choppe d'Anvers", je me suis assis au bar. Alors, j'ai gratté ma chance le temps d'un café qui m'a serré le coeur. Un homme est entré, il saluait ses amis, il m'a tendu la main. Elle était douce et m'a reconnecté au monde. Le patron m'attendait, j'étais déchireur de vitre, la mode n'était plus à la transparence. Sur le café brulant j'ai soufflé comme le vent derrière la porte. J'ai sorti mon grand couteau de glace et par la vitrine déchirée j'ai soufflé des remords de brumes. Dans le bar, hommes et femmes saisis de lumière ont emporté des lampes, ils m'ont suivi dans la nuit. Nous sommes allés au dépôt des enfants assistés de la Seine. J'ai pris un enfant perdu dans mes bras, il m'a filé une beigne...

Calme profond

Image
      Un temps frileux toussait assumant son grand âge assis sur un banc dans l'ombre sombre d'un tremble il prenait ses vacances trois jours en décembre douze coups de midi résonnaient au village un silence gelé suivit leurs longs sillages.   Le temps conviait, ils ont trinqué au vent gris nul ne sait ce qu'ils se racontaient sous la pluie ils semblaient se connaître buvaient à la vie hochaient la tête comme les meilleurs amis.   Trois rats des champs ont souri quand l'ombre du banc à mimé une danse sur des chaumes grasses vingt quatre coups sautillaient au tapis crin blanc ils grelottaient sans un bruit en pause de glace.   L'après-midi engourdie dès la fin du jour s'est endormie au douzième coup de minuit les ding ding dong le temps et tous ceux de midi tapotaient l'épaule du silence en détour.   Midi minuit lisaient les contes du whisky trois rats des champs rêvai...

L'arbre perdu

Image
 Au lieu-dit de l'arbre perdu, il est là, au milieu de la plaine, ses bras noueux dressés vers le ciel, solitaire au sommet de la colline, on dirait un géant silencieux dans sa prière. Tilleul de nos aïeuls, irréfutable, il sait les années passées, il a connu nos ancêtres ceux-là même qui sont retournés à la terre. Ils ne sont plus que murmures là-dessous. Il sait les longues nuits, la lune immortelle et le scintillement silencieux des étoiles. On dit :   - Voici l'arbre perdu ! Mais lui-même le sait, il est celui qui cache la forêt perdue. C'est le dernier des géants, grandiose, solide, incontournable et enraciné. Quand le vent, la pluie et le gel le bousculent et que même les corbeaux ne viennent plus, il se lamente : Pourquoi moi ? Pourquoi m'a t'on épargné ? Pourtant, il ne facilite pas le travail du paysan pour qui il serait si simple de labourer sans sa présence. Si vous venez lui rendre visite, écoutez le raconter les saisons, il se souvient d'é...

Jaïpur

Image
    Ville où les éléphants roses trottent vers les collines de fort Ambert Brins de fleurs   sur les rives Sur son lac le palais d’été flotte comme un mystère de pierres Brins de lumières Cristal de roches, gemmes scintillantes, Topazes, améthystes, olivines, émeraudes et diamants Le petit tailleur de pierre sur son tour polie les rêves d’une marhanie L’apprenti fait naitre en carats de mille facettes une rivière étoilée. Tous les tambours chantent dans la nuit la danse des lumières Lampes à huile et ambre chaude participent au Divali.  

Tropiques

Image
  Ici on coule des jours heureux aux couchants pacifiques une dernière fois j'irai parcourir la rocaille sur les sentes du grand morne bleu au petit matin à la rivière près des hibiscus je ferai récolte de Ouassoux que l'on fera griller sur notre feu je croquerai encore tes mangues et guetterai ton sourire à la carambole de tes yeux j'écouterai encore s'écouler le rire de ma femme aux senteurs de vanille dans le rhum de mes souvenirs une mère berce son fils pour des lendemains mystérieux. Alors je repartirai par-delà les flots à Valparaiso je laisserai dans mon sillage les iles gentilles comme soupir d'alizé dans les palmes et le froissement des feuilles sur la canne et tous ces champs de coton rouges d'où monte le chant des coolies maltraités Le peuple des nuées migre toujours vers d'autres tempêtes. Là-bas, Valparaiso, la ville pastel dévale des collines jusqu'à la mer. C'est un point de départ pour des montagnes et déserts sauvages...